Vittorio Alfieri. Lettera a Luigi XVI re di Francia
[Parigi], 14 marzo 1789


Sire

Je ne suis point né votre sujet Mon nom, que votre Majesté ne connoit point, et qui est pourtant au bout de ma lettre, ainsi que le mauvais français que j’ecris, vous disent assez que je suis italien. Je suis né noble d’un petit pays qui s’apelle Piemont. Je l’ai quitté, mais sans tache, pour toujours, depuis environ douze ans, uniquement pour pouvoir penser et ecrire librement. J'ai fait de plusieures tragedies que je reimprime depuis trois ans a Paris. Je ne cherche, Sire, ni a vous plaire ni a vous deplaire; je ne veux rien de vous ni de qui que se soit. J’aime les hommes, la verité, la gloire et la juste liberté. Toute cette longue tirade, que je vous fais sur moi même, etait necessaire pour vous expliquer a quel titre j’osais vous ecrire le peu de lignes suivantes. J’ai osé, dans une courte prose italienne, sous le nom de Pline, conseiller a Trajan, mort, de renoncer a l’empire et de faire revivre la republique romaine. J’ose prier Louis 16, vivant, d’un sacrifice beaucoup moins grand, c’est de saisir de saisir tout simplement l’occasion qui se presente a lui pour acquerir la gloire la plus singuliere, la plus vraye et la plus durable a la quelle aucun homme pourrait atteindre: c’est d’aller vous même au devant de tout ce que votre peuple vous demanderà pour sa juste liberté; de detruire vous même, tout le premier, l’affreux despotisme que l’on a exercé sous votre nom; de prende avec votre peuple des mesures immanquables, pour en empecher la resurrection a jamais, et de vous faire, par la spontaneité d’une si noble et imperieuse demarche, un nom qu’aucun roi n’a jamais eu ni n’aura.

La voye du simple manuscrit que, dans un temp ou tout s’imprime, j’employe pour vous faire parvenir, Sire, ce veu desinteressé de mon coeur pour un bien qui ne me regarde nullement, vous est un sur garant que ce n’est point ma petite gloriole que je cherche en osant vous donner un tel conseil, mais la votre et le bien etre de tout votre peuple.

J’ai l’honneur

d’etre Sire, de V. M.

Vittorio Alfieri

prêt a devenir votre admirateur

ce 14 mars 1789